J'vais vous dire, depuis mercredi, je ressens un grand agacement vis à vis (notamment) des médias.
Quand j'ai appris la tuerie, j'étais au boulot, et j'ai continué à travailler. J'étais choquée, bien sûr, mais ça n'a pas éclipsé le reste du monde, de ma vie, de mon quotidien. Je voyais mes 2 collègues, à coté, qui cherchaient l'info sur internet (et on sait bien que le jour même, c'était plus que confus) et moi tout ce que j'avais à répondre à leurs "il faut faire attention à pas tirer de conclusions hâtives" c'était "ben vous voulez que ce soit qui d'autre que des fanatiques qui se revendiquent de la religion ?", tout ce que j'avais à leur dire c'était "ben en tout cas, on va en bouffer du Charlie Hebdo", "ce qui est sur, c'est que ça va faire de l'audience" ou "je parie que ça rigole moins maintenant" (ouais, je suis un peu cynique, je sais, c'est comme ça désolée...). Et puis comme prévu, je n'ai entendu aucune info (il faut dire que je n'écoute que France Info qui me sert de réveil, et c'est à peu près mon seul lien avec l'actu dans les médias) qui ne soit pas en rapport avec "les attentats contre la France" depuis : le seul autre sujet qui a été évoqué était la météo (ah oui, et hier, il y a eu le sport, ouaaaaiiiis - enfin, ils ont quand même précisé que les équipes avaient fait une minute de silence avant le match). On se délecte de raconter, re-raconter (avec force de vocabulaire et détails sordides), analyser, chercher des comparaisons, faire la morale, s'inquiéter, s'émouvoir, etc. et surtout, découvrir avec candeur que c'est ça le monde dans lequel on vit.
J'ai franchement pas besoin qu'on m'explique ni qu'on me ré-explique tout ce qui est dégueulasse dans cette tragédie. Alors, je comprends bien que les gens ont besoin d'exprimer leurs sentiments (voilà, moi aussi ça me révolte, ce qui s'est passé) et de faire un peu trempette dedans ; je vois bien dans mon entourage, que tout le monde à envie d'en parler et c'est compréhensible - mais une chose que je trouve insupportable, c'est comment les médias se complaisent dans ce déballage (et après ils s'étonnent qu'il y a des jeunes qui ne se sentent pas concernés, voire ont une réaction de rejet face à ce mouvement citoyen). Et je dis tout ça, avec irritation, mais, pour être honnête, moi aussi j'ai du mal à décrocher de la radio le matin pour aller dans la douche, parce que moi aussi ça me titille les émotions (du coup, j'ai pris un abonnement à arrêt sur image), et moi aussi je vais aller place de la République cet après midi. Mais ça m'agace. C'est bien gentil tout ça, c'est plein de bon sentiments, et puis la semaine prochaine, au fur et à mesure, on recommencera à critique nos élus, à parler des cours de l'économie, de la vie des people, et puis hein, quand même, des autres drames qui continuent à se passer dans le reste du monde (heureusement, le sport est déjà revenu !).
Cette situation (bon, c'est vrai que j'ai pas regardé le JT et que j'écoute pas la radio en continu toute la journée, donc je peux me tromper sur l'ampleur de la monopolisation de l'actu par ce sujet, mais ça fait un moment que je constate que les médias d'information, quand ils ont un sujet, ils le lâchent pas et tout le reste passe au second plan) (et j'avoue que je trouve tout de même que là, ça se justifie plus que quand il s'agit de la coupe du monde), pour moi, met en évidence un gros dysfonctionnement dans le traitement de l'information (et je dis pas que c'est facile de faire du journalisme, je suis certaine que ce système, ce ne sont pas les personnes qui le choisissent), qui à mon avis est très grave, parce que ça laisse du terrain à toutes les formes d'obscurantisme. Je me dis souvent que aujourd'hui, en 2015, c'est surement la 1ère fois dans l'Histoire qu'une aussi grande fraction de la population a un accès aussi facile à une aussi grande quantité d'informations de qualité (je pense à l'état de la recherche et à l'existence de l'extraordinaire ressource Internet), et pourtant, les gens ont besoin de
ça pour se rendre compte que le monde (parce que c'est pas juste la France - ça aussi c'est un truc qui m'agace, mais bref) part en vrille.
Ça me fout les boules, parce que c'était pareil en 2001 : tout le monde s'est ému, scandalisé, mobilisé, etc, on s'est rendu compte que le monde était en train de changer et blablabla, et puis voilà, on en est là maintenant. Cet examen critique, il faut le faire au quotidien, et on n'y arrive pas, parce qu'il faut bien vivre, il faut aller au boulot, il faut débattre sur les programmes des politiques, sur le prix du pétrole et que tant qu'il n'y a pas des morts (dont on se sent proches), tout le monde s'en fout.
Bref, ne faites pas forcément attention à mon message, EastBlue est à peu près ma seule existence sur Internet (à part FaceBook qui est déjà saturé, quelqu'un comme moi qui y va une fois par mois, ne s'en sort pas), et j'avais besoin que ça sorte un peu (même si j'ai déjà exprimé tout ça avec mes proches). En tout cas, j'étais agréablement surprise de la relative faible quantité de réactions sur le forum (je m'attendais à avoir beaucoup plus de pavés à lire - et je précise, ne percevez pas mon message comme un appel au pavé !!!!) .
Je ne cherche pas à donner des leçons à qui que ce soit, hein... De mon coté je vais continuer à faire mon boulot exactement comme avant : mon boulot de médiation scientifique de l'archéologie, c'est d'essayer d'ouvrir les esprits et de montrer aux jeunes qu'il y a une vie au delà de leurs smartphones.
Autrement, je voulais quand même prendre le temps de remercier Baba d'avoir répondu à mon message sur "exhibit B", ce que tu dis m'a fait réfléchir. Désolée de ne pas prendre le temps de développer (désolée aussi pour les autres qui ont répondu à mes derniers messages), mais comme dirait super chinois "je n'ai pas le temps".
A part pour ça, juste en passant :
Zhatan a écrit :Pour moi, le propre de l'homme c'est de dépasser sa simple existence.
Alors là, je repense à une vieille conversation que nous avions eue, et je suis un peu sur le derrière, parce que je suis très d'accord avec ça, alors qu'il y a quelques mois (1 an?) j'avais l'impression que tu refusais ce type d'idée.
Mais bon, j'imagine que c'est une question de vocabulaire (entre "nature humaine" et "propre de l'homme"

ou de contexte de la conversation (je cherchais à exprimer ma vision de l'être humain comme un animal qui est animé par quelque chose qui le pousse à aller toujours plus loin, enfin, je sais plus trop comment je disais ça, il faudrait que je relise la discussion).