On continue alors ? Mais alors je vais reposer un peu les termes du débat, parce qu'il y a pas mal de zones d'incompréhension.
Oui, ça me plaisir de te titiller, mais ça ne veut pas dire pour autant que je ne crois pas profondément en ce que j'avance. Et quand bien même, à la manière péripatéticienne, l'échange doit aussi servir à ce que l'on soit un peu bousculé.
Sur les confusions que tu fais :
- Article (du sujet initial)/Article (exemple fictif) : il y a effectivement l'article "sexisme dans la culture geek", mais je ne m'y réfère quasiment pas. Quand je te parle d'article, c'était juste l'illustration de ce que pourrait être un programme d'étude sociologique sur l'émission et la réception de codes sexuels au travers de la presse vidéoludique.
- Sociologie/Terre à terre/Théorie : là je me pose vraiment des question sur la manière dont tu abordes la socio. Ce n'est pas parce qu'un discours théorique cherche à coller à la parole de l'acteur que l'on est dehors de la démarche sociologique. Au contraire, plus tu colles à ton matériel empirique, moins tu prends de risque avec la dimension théorique, et donc moins tu vas te vautrer la gueule dans tes enchaînements logiques. On peut te faire chier sur un concept (comme je le fais) beaucoup plus difficilement sur les données empiriques. Ensuite, la montée en généralité arrive toute seule, parce que forcément tu prends de la distance avec ces mêmes données. Dès que tu classes, rassembles, tries, évinces, tu touches à de plus grands ensembles. Et ça c'est l'inductif qui fait sens en socio.
- Sur l'individualisme : comme beaucoup de personnes tu assimiles l'individualisme méthodologique à de la liberté individuelle. L'individualisme méthodologique (qui parle de rationalité située) c'est partir remettre in situ les paroles de l'acteur dans le contexte de sens dans lequel elles sont émises. Disons que la "société", "la structure" ne s'expriment que par l'individu. Il ne peut pas en être autrement. Il n'y a pas de structure qui parle per se. Ou alors on vit dans un monde lovecrafitien.
Et là ça me donne ma transition sur la manière dont je juge tes conceptions théoriques. Et je suis à peu près certain que l'on est irréconciliable sur ce terrain, car tu es un structuraliste indécrottable. Vu que tu postules d'emblée qu'il y a des effets de structure qui dépassent l'individu, qui le contraignent et le dominent à son insu (d'où ton inconscient), alors effectivement autant écarter tout de suite la perception individuelle, et surtout la construction individuelle de cette perception. Pour reprendre le "cliché" puisque tu y tiens. On pourrait nommer ça aussi "stéréotype", "étiquette", "stigmate", et ça m'intéresse car ce sont des notions que je suis amené à manipuler dans mes travaux. Bien sûr qu'ils ont une dimension réelle dans le sens qu'ils produisent des effets. Mais ils ne sont mobilisés qu'à l'échelle individuelle. L'injure sexiste est bien prononcée par une personne non ? Donc tu ne peux pas faire l'économie de cette dimension individuelle car tout part de là. Et toi, tu en fais systématiquement abstraction. Et là effectivement, je vais continuer à te titiller, parce que tout "cliché" doit être situé, contextualisé lorsqu'il est produit ou reçu, sinon on s'en fout. En soi, c'est juste un signal neutre. Et aussi il faut affiner le cliché, par qui, quand, comment il a été construit, et de quelle manière il est partagé.
Alors oui, tu mets le doigt sur le fait que "oui mais le discours on y a pas accès". C'est vrai dans ce cas-là (de l'article "sexisme dans la culture geek"

et c'est la source des remarques que je peux te faire à toi ou à Zhatan. Donc vous vous substituez à cette parole, en leur faisant dire ce qui vous arrange, ou pire, en invoquant le fameux inconscient collectif. Je crois que même un philosophe un peu rigoureux n'en voudrait pas de ce concept tellement il est imprécis. Et là encore, on ne va pas être d'accord, parce ce que si ça te satisfait de partir dans ce niveau de généralité, moi pas du tout, et je préfère rester "terre à terre". Quitte à n'avoir qu'un exemple valable, autant rester pragmatique et essayer d'en tirer toute la puissance illustratrice. A la limite dans un échange, on a déjà deux positions à confronter, et donc des ressemblances et des similitudes que l'on peut faire émerger. Donc on fait déjà de la socio, sans forcément partir dans les abîmes théoriques.
Trois fois que je réponds à San, trois fois Zhatan, que tu réponds entretemps. En fait on est d'accord sur l'essentiel. C'est le feu de l'action qui a créé quelques incompréhensions.
(j'avoue être perplexe sur le "tout le monde fait ce qu'il veut", je ne vois pas ce que ça fait là en fait ^^
Je crois que je voulais juste dire que celui qui veut s'insurger s'insurge, celui qui veut rien faire, ne fait rien. Ce n'est pas à moi de décréter "ceci est la bonne posture à adopter".
C'est ce que se propose ce genre d'article à mon avis. Apporter modestement une pierre à l'édifice.
Tu veux que je te dise ? Je n'en suis même pas sûr. Ce type d'article argumenté a un grand mérite, c'est que tu le lises avec attention. Après, tu réagis avec tes propres affinités, qui sont déjà établies. Je vais schématiser :
- Moi, j'ai été écoeuré par les gros cons de geeks dépeints dans l'article, parce que j'estime, à la base, ne pas être le dernier des connards avec la gente fémnine. Par contre j'ai tilté avec certains tons féministo-communautariste, et encore plus avec la généralisation sur le comics. En gros cela n'a fait que révéler ce qui est déjà construit en moi.
- San, lui, n'a tilté que sur un petit truc accessoire en conclusion. La dimension militante ne l'a pas dérangé parce que ça entre totalement en résonnance avec ses positions.
Conclusion : ce type d'article va juste rassurer les différents camps sur la justesse de leurs positions, rebuter les lecteurs qui en ont rien à foutre, et peut-être interroger à la marge certains indécis. C'est toujours ça de pris.