Me revoilà. De tes posts il y a 3 incompréhensions ou désaccords qui ressortent:
-A partir de quel moment on établit un jugement de valeur?
-L'individualisme a-t-il une place en islam?
-L'expérience contribue-t-elle toujours à éradiquer les préjugés?
Je vais répondre tout de suite à la 3 ème question puisque c'est simplement une incompréhension. Je suis en partie d'accord avec toi. Quand je dis: 't libre à chacun de rester dans son coin malgré tout après coup", c'est une manière de dire qu'on peut tout aussi bien voir ses préjugés disparaître, se confirmer ou s'empirer, ou tout simplement passer à côté des choses et ne voir aucun changement. Ce sont des possibilités, mais je voulais saluer l'effort d'aller vers les gens. La raison de mon exemple était simplement de pointer le fait que beaucoup d'entre nous ne fréquentent pas les autres sans raisons apparentes, ni logiques, ni légales, mais simplement par xénophobie et manque d'ouverture d'esprit. J'ai donc voulu prendre l'exemple de l'alcool selon la loi musulmane, puis le fait de rester entre groupes ethniques en France pour des raisons obscures, si ce n'est le racisme primaire. (Ce n'était qu'un exemple mais il y en a beaucoup d'autres).
Bref passons...on est d'accord, mais tu te méfies simplement des propos à portée générale : p, (mais à trop nuancer on va jamais en finir aussi :lol )
A partir de quel moment un jugement de valeur est établi? Ici je pense que tu compliques les choses. Lorsque tu parles de délinquance normative ou descriptive, tu joues sur les mots. Les deux sont complètement liés et les lois sont clairement des jugements de valeurs, et celui qui ne les respecte pas est en marge des valeurs de celui qui les établit. Maintenant il faut bien séparer les choses pour savoir quel rôle on endosse.
Le débat commence là où l'on parle d'éventuelle "hypocrisie", "contradiction", ou "ignorance".
-Je soutiens que le musulman délinquant qui ne regrette pas ses actes détient l'une des trois.
-Tu soutiens que ne pas déterminer les causes est, par conséquent, d'établir un jugement de valeur extérieur dans l'incompréhension de la situation de la personne concernée, et que ces qualificatifs ne s'appliquent pas.
Premièrement, tout dépend de notre neutralité dans l'expérience, et du rôle que l'on souhaite endosser dans l'analyse. Le rôle du philosophe, du sociologue, du psychologue, de la loi?
Prenons un exemple extrême: Un homme entre chez toi, viole puis assassine ta famille. On ne doit pas juger dit-on, et aucun jugement de valeur n'est fait. Ici le psychologue va jauger l'état psychologique de la personne, dire qu'il a subi des traumatismes étant enfant qui expliquent son acte. Ca y'est ! Les causes dont déterminées donc tout est fini ! Non, les actes de cette personne vont devoir être pesés, jugés, selon les valeurs légales, et ceci indépendamment des causes qu'on a réussi à déterminer.
Les regrets éventuels du coupable, s'il a toute sa raison, pourront nous donner un élément de réponse sur "l'hypocrisie", "l'ignorance", ou la "contradiction" de cette personne. Cependant, il est possible que cette personne ait une psychologie complexe, ne se revendiquant d’aucun groupe et ayant sa propre philosophie (dans cet exemple, en marge des valeurs de la société), et ne soit donc pas concernée par ces qualificatifs que sont « l’hypocrisie », « l’ignorance », ou la « contradiction » qui deviendraient obsolètes.
Mais ici nous parlons d’un musulman, le cas ne s’applique donc pas, j'expliquerai pourquoi un peu plus loin.Donc, quel rôle endosse-t-on? Est-ce qu'on endosse le rôle de la loi, si oui, pourquoi, du philosophe, du psychologue, si oui pourquoi? Si tu vois où je veux en venir, le rôle qu'on endosse dépendra aussi du groupe auquel on appartient et de nos priorités. Ainsi, sans mentionner les éventuels jugements de l’extérieur par pure xénophobie, on peut quand même mentionner qu’il est du droit de la personne non musulmane de ne se baser que sur ses propres principes et ses propres lois pour établir un jugement ou un avis, dans le cas hypothétique où lois ou principes des personnes concernées ne coïncideraient pas pour l’acte commis. (Cas très rare et bénin heureusement ex : « port du voile intégral », ou cas inverse « nudité dans un pays musulman »). Là on reviendrait au problème de l’expérience, de l’ouverture d’esprit et j’en passe, mais dans ce cas-là, il y a forcément une loi qui penche au profit d’une autre, car comme je disais plus tôt, la liberté des uns ne s’arrête pas forcément où celle des autres commence dans la réalité, et c’est aussi pour ça que le syncrétisme a ses limites. Avoir le droit et avoir raison, de plus, sont deux choses différentes, tout dépend de quel point de vue on se place.
Mais revenons au problème des qualificatifs « hypocrites », « ignorants » , ou « contradictoires » dans le cas d’un musulman
qui ne regrette pas ses actes en répondant à la deuxième à la question. Avant toute chose, je précise qu’on peut très bien être musulman, croire, et faire des erreurs. Le sujet n’est pas du tout là, et Dieu pardonne qui Il veut en dehors de Lui associer quoi que ce soit, car la raison ne peut pas concevoir Son essence et rien ne Lui est semblable.
L'individualisme a-t-il une place en islam? C’est un sujet complexe.
Pour les gens de la masse, si je devais résumer en une phrase je dirais que l’individualisme s’arrête où le péché commence. Mais en détaillant plus :
Individualisme dans le caractère, ses goûts etc... : Oui, évidemment.
Individualisme dans la spiritualité : Oui, totalement, dans la limite de ce qui est obligatoire de croire, interdit de croire, et permis de croire.
Individualisme dans la jurisprudence : Non très peu. Un savant, lorsqu’il atteint le statut de mujtahiddun (celui qui peut faire ijtihad, c’est à dire proposer des interprétions personnelles à partir d’arguments légaux) et reconnu en tant que tel par d’autres savants, devra apporter des preuves cohérentes en se basant sur l’avis des autres savants des écoles, sur le coran, sur les hadiths du prophète (paix sur lui), sur l’avis des compagnons du prophète, en respectant la méthodologie du oussoul al-fiqh , fondements de la jurisprudence, sur un sujet de divergence. Mais les divergences sont minimes et les avis majoritaires priment au sein des écoles de pensée sunnites. Une interprétation totalement marginale qui irait à l’encontre d’un consensus n’est pas à prendre en compte, et dans tous les cas l’interprétation sera confirmée ou réfutée par d’autres habilités à le faire. Cependant, ceci est le travail d’une vie, en réalité certains savants de l’islam ont consacré leur vie entière aux études islamiques, certains au point d’être considérés comme des saints, des ascètes. L’équivalent de 4 ou 5 doctorats pour certains, voire plus pour les plus agés:
La biographie de Sheikh Muhammad Badr Ad-Dîn Al-Hasanî par exempleLe principe est assez clair, si chacun commence à adopter une interprétation selon sa compréhension, et sans avoir une connaissance assez globale et approfondie pour saisir le réel sens, c’est une porte ouverte à toute sorte de laxisme et d’extrémisme. Le tout est de comprendre que les règles islamiques ne sont pas de simples règles de spiritualité, mais des règles qui sont aussi sociétales, des règles de civilité, de moralité, des règles légales. Réduire l’islam à un simple accès à la spiritualité serait une erreur, en plus d’être dangereux. Un musulman peut très bien prendre une valeur de l’islam par-ci, une valeur des droits de l’homme par-là, puis bizarrement la méthodologie devient celle des chrétiens, puis dans un autre cas, un homme peut très bien prendre une interprétation biaisée d’un texte islamique par-là, puis un condensé de haine anti-occidentale par-ci, puis se faire exploser le lendemain. En réalité les choses sont bien plus complexes que ça.
En réalité, les objectifs de la jurisprudence islamique reposent sur plusieurs critères qui constituent ses fondements afin de préserver certaines valeurs. Globalement on retrouve cinq aspects:
1. la préservation de la religion et de la morale qui a pour visée la préservation de la religion
2. la préservation de la santé et de la vie qui a pour visée la préservation de la personne
3. la préservation de la procréation qui a pour visée la préservation de la lignée
4. la préservation de l’intellect et de la raison qui a pour visée la préservation de la raison
5. la préservation de la richesse qui a pour visée le bon investissement de l’argent
Ceci est un peu mieux développé ici, mais c'est en anglais par contre:
Objectifs de la loi islamiquePuis, voici un extrait sur les conditions de l'ijtihad prise sur le islam-sunnite.com:
(citation) "Quant aux conditions de l’ijtihad absolu et indépendant (Mutlaq), elles sont mentionnées dans leMaraqi as sa’ud dans la citation suivante et ce qui se trouve après :
« Et ce ] est synonyme du ‘mujtahid’ (capable d'ijtihad) et tout ce qui charge du fardeau de la responsabilité. »
« Comme le fait qu’il soit d’une extrême intelligence par nature, et il y’a désaccord au sujet de celui qui est connu pour rejeter le raisonnement par analogie »
Il sait les responsabilités à travers des preuves intellectuelles sauf si une preuve clairement transmise indique le contraire.
dit Nashru al-bunud:
« Ceci signifie que parmi les conditions de l’ijtihad est le fait que sache qu’il doit adhérer à la preuve intellectuelle qui est la condition fondamentale ] à moins qu’une preuve tirée d’une loi sacrée indique le contraire. »
Il enchaîne ensuite en mentionnant d’autres conditions de l’état de mujtahid:
grammaire, de la prosodie, de la philologie, combinées à celles du 'usul et dela rhétorique doivent être en sa maîtrise.
Selon les gens de la précision, où peuvent être trouvés les jugements sans la condition d’avoir mémorisés les textes eux-mêmes.
avec une maîtrise d’au moins un niveau moyen. Il doit égalementconnaître les sujets sur lesquels il y’a consensus.
des choses telles que la condition des hadiths uniques, et ce qui fait l’autorité d’un grand nombre de transmissions ; de ce qui est authentique et de ce qui est faible est aussi requise.
La connaissance de ce qui a été abrogé et de ce qui abroge, de même que les contextes dans lesquels tel verset a été révélé ou tel hadith transmis est également une condition qui doit être remplie.
Le statut des narrateurs ou des compagnons ." (fin de citation)
Pour en finir avec le débat. (pour ma part, merci Kirawea)
Cas 1 : Si le musulman commet un acte contraire à sa religion sans regretter :
Ou il n’est pas au courant ou n’est pas sûr que l’acte qu’il commet est contraire à sa religion, il est donc ignorant.
Ou il est au courant de ce fait, mais le fait quand même sans éprouver le moindre regret, il est donc contradictoire, ou sa foi est chancelante.
Cas 2 : Si le musulman commet un acte contraire à sa religion tout en regrettant :
Dans ce cas il est juste faible.
Dans tous les cas, le musulman cesse d’être musulman seulement s’il renie ce qu’il est obligatoire de croire, ou croit en ce qu’il est interdit de croire, je ne dis donc pas que les cas énoncés sont totalement incompatibles avec le fait d’être musulman. Ce sont deux choses différentes.
Par contre c'est mon dernier post ici pour l'instant lol lol lol. Je te répondrai en privé si tu veux, désolé de la longueur du post.