Zhatan a écrit : Sans rentrer dans le cas d'espèce (peut-être que c'est vrai pour ce que tu dis, et d'ailleurs je suis d'accord avec la suite de ton post, mesuré pour le coup et pas manichéen, je maintiens l'adjectif pour ta première intervention) on peut tout à fait avoir des raisons non explicités sans que trovuer la raison de ces causes ne relève de la pure subjectivité (ou pas davantage que pour les bretons). C'est la différence entre condamner les feux de voiture (qui ont certes une dimension récréative), ce que je fais bien volontiers, et se demander pourquoi telle ou telle portion de la population s'adonne à ce genre de feux d'artifices plutôt qu'aux banals cotillons.
Bref, il faudrait ici distinguer causes, raisons et facteurs.
Pourquoi je dis ça me diras-tu ? Bah parce qu'à force de considérer qu'il n'y a aucune raison autre que festives à tout ça, on finit par considérer les banlieusards comme dans l'autre camp on a considéré la manif' pour tous : des décérébrés barbares qu'il faudrait d'urgence purger ou pacifier. Et pour avoir fait le travail du côté de la manif pour tous, il se trouve qu'il n'y a pas que des veaux et que même le plus forcené a ses raisons. (le parallèle qui tue, tu en fais ce que tu veux)
Sauf que du point de vu du groupe, tu ne peux matériellement pas faire cette analyse puisque tu n’as pas assez d’éléments à ta disposition. A limite, tu peux essayer d’identifier les causes, facteurs, raisons qui ont orienté l’action de tel ou tel acteur pris individuellement (à condition que ces derniers soient parfaitement transparents) mais en aucun can tu ne peux les attribuer objectivement à des phénomènes de groupe non explicitement finalisés.
Donc oui, les violences en banlieues sont des phénomènes barbares car irrationnels mais cela ne veut pas dire que les individus qui y participent sont des décérébrés (même si il doit y avoir un bon paquet de sociopathes dans le lot). Il convient donc de lutter contre ces actes, d’autant plus que leurs acteurs sont des êtres parfaitement responsables, et non pas tenter de les légitimer en leur attribuant des buts qu’ils n’ont pas.
En ce qui concerne ton exemple relatif à la manif pour tout, je suis désolé mais j’ai beau chercher et je ne vois toujours pas où est le rapport avec le sujet traité.
sff9 a écrit :
Ben non, je maintiens, il est caricatural et manichéen. Gentilles victimes d'un côté, méchants coupables de l'autre. C'est ce que j'ai essayé d'expliquer.
Sauf que je n’ais jamais dit ça et c’est donc toi qui es caricatural pour le coup
Non, on n'est pas d'accord ; j'ai dit que ça n'avait pas de sens de comparer la légitimité de ces violences (ou de les opposer bêtement en les renvoyant dos à dos). Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas comparer d'autres aspects de ces situations. Typiquement, comme tu le dis, on a une violence «soutenue par une revendication» d'un côté (même si ça m'étonnerait très fort que la majorité des participants ne l'ait pas fait en partie par plaisir, catharsis, ou juste par moutonnerie), et une violence moins guidée et collectivement revendiquée de l'autre. C'est bien une comparaison, ça a du sens. Après faut voir ce qu'on en fait.
Au noms de quel(s) principe(s) serait-il interdit d’opposer la valeur de deux espèces ? Pourquoi pourrait on comparer « d’autres aspects » (lesquels d’ailleurs ?) mais surtout pas leur légitimité respective ? Parce que cela serait opérer un jugement de valeur ?
Je pense au contraire que la légitimité des deux phénomènes est le cœur du débat car c’est elle qui détermine la valeur des deux espèces est donc in extenso leur comparabilité.
Or, ces deux types de violence ne sont pas à mettre sur le même plan et ce qui les sépare est leur finalité respective. L’une est finalisée (et donc à ce titre potentiellement légitime) et l’autre ne l’est pas. En d’autres termes, elles ne sont pas semblables et donc incomparable et il en résulte que ton article est sans objet.
Pour l'origine des violences dans les banlieues, voir Zhatan — j'ai juste envie de dire que c'est un peu facile d'écarter d'un revers de la main la sociologie, comme tu le fais un peu trop systématiquement. Tout n'est pas subjectif. Il y a des données, recueillies et analysées en suivant des règles établies (qui garantissent un minimum qu'on a pas affaire à des statistiques basées sur «j'ai constaté qu'il y avait de plus en plus de violences dans le RER et c'est confirmé par ma mère, et mon pote qui habite Marseille dit pareil»). Après, il y a aussi une part d'interprétation, dont il est certes impossible de garantir l'objectivité, mais dont on peut qualifier la subjectivité. C'est quand même très très différent !
Ah ! La fameuse « méthode scientifique » synonyme d’objectivité et de neutralité !
Tout d’abord, en ce qui concerne les statistiques (qui sont à distinguer des sciences sociales stricto sensu), elles ne peuvent être neutres et donc objectives. En effet, élaborer des statistiques nécessite de mettre en place des catégories et la définition desdites catégories objet de la statistique est une entreprise qui est, dans la très grande majorité des cas, teintée de subjectivité. Prenons par exemple le cas de la délinquance, les chiffres vont varier en fonction des faits dont le statisticien estime qu’ils doivent entrer dans la catégorie des actes dits de délinquance (doit on envisager tout les actes délictuels comme définis par le droit ou bien doit on en retrancher certains, comme la délinquance routière ou financière par exemple). La détermination d’une catégorie (et donc in extenso la statistique elle même) et donc pour une large part soumise à la subjectivité de son auteur.
Cette critique est, bien évidemment, encore plus aigue en ce qui concerne le traitement et l’interprétation desdites statistiques (objet principal des sciences sociales). En effet, dans le choix des corrélations à établi, des comparaisons à écarter, ... le chercheur opère un véritable acte décisionnel ce qui l’écarte définitivement de l’objectivité telle que définie par la rationalité dite scientifique.
Les « sciences » sociales n’ont donc rien de scientifique, leur scientificité présumée est seulement fondée sur une présomption de neutralité et d’extériorité du chercheur (présomption matérialisée par la méthode) qui est, en dernière analyse, une sorte d’idéalisme contredit définitivement par la réalité.
Quand tu parles de sociologie on dirait que tu mets tout dans le même panier, et que comme tu penses qu'une partie est gâtée, tout est contaminé. Sauf que du coup bah si tu refuses la littérature validée par le processus scientifique, il ne reste que des opinions et le bon sens populaire. Question objectivité, on repassera.
Non, mais ça c’est tout à fait faux ! La Raison (avec un r majuscule) ne se confond pas avec la raison scientifique, un concept peut être tout à fait rationnel sans être validé d’un point de vue scientifique. Je dirais même plus, en ce qui concerne la vie des Hommes en société, la raison scientifique est tout à fait impuissante et il faut établir d’autres processus permettant de légitimer une opinion.
Ces processus on les retrouve non pas dans les sciences sociales mais au niveau de la philosophie politique et il s’agit principalement de tout ce qui concerne la question des régimes politiques.
En démocratie, jusqu’à preuve du contraire, une opinion (qui en politique est le soutient d’une norme) est valide et donc légitime lorsqu’elle résulte d’un certain processus (le processus démocratique) et non pas parce qu’elle est exacte (et donc objective) ou efficiente (comme le voudrait les économiste, certains sociologues militants voir certains normativistes).
La validité d’une norme est donc liée à sa légitimité et non à son contenu et cette conception est la seule à même de défendre un intérêt général (l’efficience comme condition de validité conduit à défendre des intérêts particuliers) et c’est pour cette raison qu’elle est si précieuse (et si dangereuse).
Contrairement à ce que tu sembles croire, je ne rejette pas en bloc les « sciences » humaine (sinon je n’utiliserais pas de statistiques dans mes développements), je conteste juste le voile de pureté objective dans lequel semble se draper de nombreux adeptes de ces soit disant sciences (attitude qui ne peut conduire qu’à, dans le meilleur des cas, un fascisme doux).
En effet, les « sciences » sociales sont un merveilleux outil (au même titre que la philosophie) pour se doter d’une opinion éclairée mais aussi éclairée soit elle, elle reste une opinion emprunte de subjectivité (qui ne peut à se titre prétendre valider une décision politique).
De plus, et pour conclure ce laborieux pavé, il ne faut pas oublier que ces opinions sont fondées par des concepts souvent critiquables (tel que l’égalitarisme pour la majorité des sociologues ou l’économisme pour de nombreux économistes), horizon indépassable qui faits de ces « scientifiques » de fameux idéologues.
Pour l'histoire des médias, je ne crois pas du tout à une consigne du gouvernement. Les médias n'en ont pas besoin pour aller dans le sens du pouvoir, il y a les chefferies éditoriales pour ça + de l'auto-censure notamment due à la précarité, et d'autres mécanismes intéressants dans le genre.
Wai si tu veux mais ça revient plus ou moins au même en fin de compte.