Thanatos a écrit :Mais pourquoi faut-il toujours que vous partiez dans des trucs pas possible ! Moi j'ai l'impression d'être devant mes textes de philo quand je viens dans ce sujet --'
Rien ne t'oblige à venir sur ce topic. Parce que jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas mention dans le site d'une règle qui interdit les discussions sérieuses et un minimum recherchées.
Bon, ça va être un long post, alors je vais mettre en gras les titres pour chacun des thèmes, pour bien les séparer.
Le coupleÀ propos du couple, effectivement, on ne peut pas juste vivre d'amour et d'eau fraîche. Il y a tout un tas de facteurs qui entrent en ligne de compte lors de la formation d'un couple pour déterminer sa durée sur le long terme: amour, situation financière, choses en commun, confiance, entraide, écoute, sexualité, tendresse, etc. Un couple qui affronte énormément de problèmes (financiers pour le cas qui nous préoccupe) aura peu de chances de durer, tout simplement parce qu'on a envie d'être heureux et que le simple sentiment amoureux ne suffit pas à maintenir le bonheur. Après, il y a certains couples qui résistent bien avec juste de l'amour et soit ils finissent par s'en sortir ensemble, soit malheureusement, cela les détruit tous les deux au final. Mais si on épouse quelqu'un juste pour son argent et son physique, il faut au moins être honnête et le lui dire. Car autrement, on ne fait que manipuler ses sentiments et ça, c'est dégueulasse.
Par ailleurs, je pense que le manque d'amour dans un couple peut aussi être problématique. Que se passe-t-il si l'amour naît pour quelqu'un d'autre que son conjoint? Le couple ne ressentant pas d'amour l'un pour l'autre acceptera-t-il l'infidélité des deux partenaires? Etc. Même si ce genre de problème peut aussi exister chez les couples dans lesquels l'amour existe, je pense que c'est plus aigu chez ceux où il n'y a pas d'amour. Bref! Si on forme un couple sans amour, il faut alors se préparer à accepter l'éventualité de certaines situations problématiques et être sûr de pouvoir les affronter. Dans tous les cas, quand je disais que je méprisais ces gens, je visais avant tout ceux qui n'informent pas leur partenaire de leurs véritables sentiments, car c'est là de la manipulation.
La pornographieJ'ai hésité à intervenir plus sur le débat sur la pornographie, car j'ai déjà eu l'occasion d'en débattre sur un autre forum et c'est plutôt casse-gueule et long, car une fois lancé, j'ai du mal à quitter le débat. Mais bon, je vais me lancer finalement.
En fait, ma position est plutôt entre celles de Zhatan et de Moreeg. Je ne pense pas que l'on puisse dire que la pornographie n'a aucune influence, après tout, c'est un produit social et je ne vois pas de raison pour qu'il ait moins d'influence que le reste de ce qui compose la société. Car oui, la pornographie émet un message, même si ce n'est pas le but de ceux qui la produisent. Car toute production humaine produit un discours, un discours implicite sur un champ de la société. Si les individus s'influencent entre eux, ce n'est pas uniquement lorsqu'ils sont en contact direct. Le fait de communiquer crée cette influence et la pornographie est une forme de communication, tout comme la gestuelle dans la rue, etc.
Après, je ne crois pas que cela soit aussi simpliste que « je vois un film porno, donc je vais manquer de respect aux femmes, voire même commettre un viol ». Il ne suffit pas de voir une fois un film porno pour voir sa vision du monde totalement déformée et même en en voyant régulièrement, on ne va pas forcément devenir un macho ou un violeur. D'ailleurs, le discours de la pornographie ne passerait tout simplement pas, si la société n'était pas déjà prête à le recevoir. Si on vous dit « égorger une vache en la faisant souffrir le plus possible, c'est super cool », je ne pense pas que vous le ferez, même si vous entendez souvent ce message dans des films. Tout simplement, parce que cela sort de nulle part et que cela ne fait pas écho à votre perception du monde. Si la pornographie marche, c'est tout simplement, parce que le discours qu'elle produit existe déjà en filigrane dans la société. En fait, c'est un peu le serpent qui se mord la queue, la société produit la pornographie qui elle-même diffuse certaines valeurs, les mêmes valeurs qui ont permis de créer la pornographie.
Ce message a donc de l'influence justement parce que les valeurs qui y sont sous-jacentes existent déjà et qu'elles sont donc renforcées. Ce n'est pas simplement les enfants et ceux qui n'ont aucune expérience en sexualité qui peuvent être influencés. Les adultes expérimentés peuvent aussi l'être de façon progressive et jusqu'à un certain point. Car il ne faut pas oublier que malgré un certain puritanisme chez nous, la sexualité reste quelque chose de très important. Et la volonté d'être un « bon amant » ou une « bonne amante » et la « performance sexuelle » sont des idées de particulièrement influentes dans notre société. Le fait de vouloir s'améliorer dans ce domaine nous mène à vouloir nous informer sur comment justement atteindre cette « performance » et la pornographie peut être l'un de ces « outils d'information », car c'est dans ce média que la performance sexuelle est le plus mise en avant.
Après, le problème de la pornographie, ce n'est pas simplement de montrer de la sexualité, qui fait partie de la société humaine et est même indispensable pour la raison évidente de la reproduction, mais aussi en tant que forme de communication (qu'il y ait de l'amour dans l'acte ou non). Le problème, c'est le type de sexualité qu'elle présente souvent. Zhatan a déjà évoqué le fait que la pornographie produit un certain discours négatif sur les femmes. Mais la pornographie propose également un certain discours sur les hommes et la virilité qui n'est pas forcément très positif non plus, ainsi que de façon générale sur les relations hommes/femmes. Bref! Cela produit une certaine pression sur les femmes comme les hommes sur ce que devrait être leur sexualité et leur rapport à l'autre de sexe de façon générale (et même au même sexe, car la pornographie homosexuelle existe aussi).
Cependant, comme je l'ai dit précédemment, les valeurs que transmet implicitement la pornographie, souvent à l'insu de ceux qui la produisent, sont déjà présentes dans la société de façon générale. Donc, se contenter de condamner la pornographie et par exemple l'interdire, ne mènerait à rien. À la limite, cela créerait juste un marché noir de la pornographie qui créerait une situation précaire pour ceux qui travailleraient dans ce domaine et dire simplement « ils n'ont qu'à pas le faire » est vain, car parfois les circonstances font qu'on a l'impression de ne pas avoir le choix (même si certains acteurs et actrices choisissent aussi de le faire par goût personnel, il ne faut pas non plus mélodramatiser). Ce sont donc les valeurs qui produisent la pornographie de façon générale qu'il faut attaquer (me demandez pas comment, j'ai pas envie d'y réfléchir, surtout qu'il n'y a pas de réponse simple).
J'aimerais ajouter quelque chose de non lié directement à la pornographie, c'est que pour ma part, en ce qui concerne la sexualité, je pense que chacun devrait tout simplement être libre de faire ce qui lui plaît tant qu'il ne nuit à personne. Hétéro, homo, SM, fétichiste, échangiste ou même tout simplement ne pas s'y intéresser plus que ça. Je déteste autant le discours moralisateur du « fait pas ci, fait pas ça, c'est pas bien » que celui qui met la pression sur ceux qui n'ont pas une vie sexuelle super active avec dix partenaires différents. C'est à chacun de décider de la sexualité qui lui convient, personne n'a à lui dire ce qu'il a à faire (on peut conseiller si la personne est un peu perdue de ce point de vue, mais je déteste ceux qui mettent la pression). Si quelqu'un a envie d'avoir plein de conquêtes sexuelles, tant mieux pour lui/elle, tant qu'il/elle est au clair avec ses partenaires. Si quelqu'un d'autre veut attendre jusqu'au mariage avant d'avoir sa première relation sexuelle, grand bien lui en fasse aussi, tant que là il en informe le partenaire.
La pudeur, l'indécence et ce qui choque les petits gnenfantsMaintenant, pour ce qui concerne l'« indécence » de certaines tenues, c'est lié au tabou de la nudité dans nos sociétés. Et ça je dois dire que j'ai toujours eu du mal à comprendre. Mais qu'est-ce que ça peut foutre de voir un zizi ou une foufoune? Personnellement, je pense que ce sont ceux qui font le plus de cirque autour de ça qui y pensent le plus. De plus, il n'y pas meilleur moyen d'attirer l'attention sur quelque chose que de le cacher et c'est connu. Mettez une feuille de vigne pour cacher un sexe sur une oeuvre et on ne verra que ça. Comprenez-moi bien, je suis quelqu'un de relativement pudique, mais je ne comprends pas que l'on fasse toutes ces histoires.
Et puis en quoi un enfant serait choqué de voir un corps nu. Il va devenir un obsédé sexuel? Il va avoir envie d'avoir des relations sexuelles sur le champ? Il va être hyper-choqué parce que... euh... c'est moche... euh... il va être tout étonné de voir qu'il y a quelque chose entre les jambes... euh... Non, franchement, je n'arrive même pas à imaginer ce que pensent ceux qui sont tout scandalisés à l'idée de la nudité et particulièrement la nudité devant un enfant. Ils ne font que transférer leurs propres idées tordues sur les enfants.
Si le fait de porter des mini-jupes est indécent, les nudistes sont-ils aussi indécents? Une culture où la nudité n'est pas sujette à pudeur est-elle indécente? Personnellement, je pense que les plus pervers sont ceux qui font un procès à un publiciste montrant des seins (en dehors de tout message qu'il pourrait émettre, explicitement ou implicitement) que des parents qui emmènent leurs enfants dans un camp nudiste. Quant à l'excuse bidon du « elle risque d'attirer des violeurs » qu'on entend souvent, j'ai horreur de ça. J'ai toujours perçu cela comme un moyen de culpabiliser les victimes et de décharger les criminels. Si un violeur est déchargé de toute culpabilité parce que la victime était sexy, alors un assassin est déchargé de son crime si la victime avait dit une fois dans un moment de détresse qu'elle souhaitait mourir. Le fait d'être sexy, cela peut être pour plaire au petit-ami qu'elle va retrouver, parce qu'elle souhaite plaire à certains hommes mais pas forcément accepter tout le monde, parce qu'elle a chaud, etc. Le fait d'être sexy ne donne aucun droit ou excuse à ceux qui voient une personne sexy. Par ailleurs, la plupart des viols sont perpétrés par des personnes proches et les victimes sont loin d'être toujours des canons, preuve que le viol est avant tout une question de violence avant d'être une question d'attirance physique.
Pour en revenir à cette répugnance particulière à montrer la nudité aux enfants, c'est aussi lié à une certaine idée que l'on se fait de l'enfant qui est celle de l'innocence. Notre façon de voir l'innocence de l'enfant est celle d'une certaine ignorance, crédulité et imagination. Notre façon de concevoir l'imagination étant aussi liée à l'ignorance, comme si le fait qu'un enfant sait des choses lui faisait perdre son imagination. Et dans nos têtes de pervers, la nudité évoque la sexualité, ce qui nous fait croire que l'enfant va aussi y penser et avoir envie de s'y adonner, ce qui est parfaitement inacceptable pour nous, car cela le sort de son ignorance et donc de son innocence. C'est ce qui nous conduit à vouloir maintenir les enfants dans une certaine ignorance, prétextant que c'est pour son imagination.
On met un peu les enfants dans des petites cases dont on ne veut surtout pas qu'ils bougent. Pourtant, ils ne sont pas stupides, ils sont parfaitement capables de comprendre des choses et ils peuvent voir la réalité telle qu'elle est sans pour autant perdre leur imagination et/ou leur innocence. D'ailleurs, dès que les enfants sortent un peu du cadre de l'idée que les adultes leur ont aménagés, ces derniers essaient de les y ramener. Je me souviens qu'enfant j'étais en train de faire un dessin et tout d'un coup l'institutrice vient vers moi et me dit:
« Tu ne fais pas un visage souriant et des rayons à ton soleil? »
« Euh... Le soleil, il a pas de visage et il est rond, il a pas de rayons. C'est juste une grosse boule de feu. »
« Oui, mais c'est l'imagination! »
Après un petit moment d'incompréhension où je me suis demandé si elle me prenait pour un con, je lui ai finalement fait son soleil rayonnant et souriant, ce qui a rendu la maîtresse très heureuse et moi aussi, parce qu'au moins, elle m'avait foutu la paix...
Bref! Tout ça pour dire, qu'on a tort de vouloir imposer aux enfants une image que l'on se fait d'eux et de vouloir leur cacher des choses qui au final ne choqueront que nous. Cela inclut la nudité et même dans une certaine mesure une compréhension de la sexualité (pas besoin d'aller dans les détails, ils ne comprendront pas tout et trouveront sûrement ça beurk). D'ailleurs, pour reparler de ma vie (en tant que simple illustration et non en tant que preuve), il n'y a jamais eu de pudeur dans ma famille (je suis pudique en dehors de la maison): Mes parents se sont toujours promenés nus devant moi et je ne me rappelle même plus quand est-ce que j'ai su comment on faisait réellement les bébés (mais ce fut tôt) et je ne suis pas pour autant devenu un pervers traumatisé. Ah! Et aussi, j'ai arrêté de croire au Père Noël à six ans et mon imagination se porte très bien.
Pour la précision, je ne cherche pas à dire qu'il faut absolument les ramener à la réalité et les empêcher de s'inventer des histoires magiques ou de faire des dessins non réalistes ou de leur montrer les trucs les plus atroces (au niveau de la violence, il ne sert à rien de tout cacher et devenir parano, mais il est vrai qu'il faut être modéré dans ce qu'on laisse voir à l'enfant), juste qu'il faudrait arrêter de leur imposer le petit cadre qu'on leur a créé.
Je concluerais ici ce message très long qui pourtant ne dit pas tout ce que je pourrais dire.