Et ben alors ?
Voilà un sujet qui mérite pourtant de nombreuses réponses !
Aller, je commence. J'ai regardé tes liens et je confirme, c'est tout à fait intéressant. Ça vaut vraiment le coup d'être partagé et discuté, parce que ça décrit une réalité qu'on évacue quotidiennement - on a pas trop le choix,
il faut bien continuer à vivre, et
le monde est comme il est.
Je suis un peu dubitative sur la pertinence de ce champ d'étude tel qu'il est proposé cependant, et je trouve le message un poil
trop alarmiste :
Déjà, le savoir aujourd'hui est déjà amplement interdisciplinaire, et je vois pas trop en quoi ça se justifie de s'appeler "collapsologue". C'est peut être plus facile pour exister que d'attendre que les écolos, socios, économistes etc. se saisissent du sujet ? En même tps, j'ai l'impression que c déjà un peu le cas ? Enfin bon, en l'écrivant, je me rends compte que j'ai peut être mal compris, mais à la limite, ça me paraitrait plus pertinent si ça s'étendait aux déclins de sociétés en général, pas juste la notre. Quoi qu'il en soit, je propose de créer aussi la buildologie, l'étude de la construction des sociétés (j'y reviens plus bas). La buildologie devrait marcher main dans la main avec la collapsologie (les alternatives possibles font déjà partie de leur discours d'après ce que j'ai vu).
Par rapport au pessimisme du message, je trouve leur approche caricaturale et un peu présomptueuse. Et attention, je ne dis pas que notre situation actuelle n'est pas dramatique, loin de là. Je trouve juste que c'est risqué d'analyser ce genre de chose à chaud et sans recul. La notion d'effondrement, ça sous entend quelque chose de violent, brutal, rapide. Donc caricatural car quand bien même il y a des chances que ça soit brutal, violent, rapide nous n'en avons en réalité aucune certitude. On a du mal à se détacher de l'impression de "mouvement de l'Histoire", mais c'est quelque chose qui nous dépasse. C'est comme quand on fait une chronologie, et qu'en 1492 on passe du Moyen-Age à la Période Moderne (comme si un matin les gus s'étaient levés et avaient dit "bon ça suffit, on change tout"

. Évidemment, la comparaison est un peu abusive, je l'utilise pour souligner que des mutations sociales et des modifications de l'environnement se sont produites tout au long de l'existence de ce qu'on appelle aujourd'hui l'humanité (au Néolithique par exemple, s'enclenche un processus irréversible). Et présomptueux donc, car cette approche englobante me semble laisser peu de place au hasard (encore une notion qui nous dépasse complètement), et personne ne peut dire comment ça va se passer. On a toutes les raisons de penser qu'on est déjà trop nombreux par rapport aux ressources sur la planète et qu'un certain nombre de productions et comportement vont décliner parce que tout simplement seuil impossible, mais dans le détail on en sait rien, ça peut aussi bien prendre la forme d'une longue agonie (peut être même déjà entamée) sur plusieurs décennies, il peut se passer quelque chose d'autre (innovation) de complètement indépendant (catastrophe naturelle) qu'on pouvait pas prévoir, il peut même y avoir des trucs qui s'annulent, qui sait ? Bon je me fais l'avocat du diable, mais c'est vraiment sur le coté rapide et brusque de la chose que j'ai des doutes, et justement parce que spontanément, ça me parait un dénouement complètement logique (j'aurais même limite envie que ça arrive,
table rase! quel soulagement ça serait). Je me méfie de mes intuitions. L'effondrement raconte une histoire qui vient figer les représentations, un peu. En bref,
l'Histoire n'est pas écrite. C'est ce que dit Mr. Bronner dans le film sur l'
attraction mentale, de la Tronche en Biais (vers 1h07 si vous voulez pas tout vous taper). C'est ce qui m'a le plus marquée dans le film, "certains individus préfèrent à la vérité la jouissance psychique". Mr. Brault dans la mini série "Next" l'exprime aussi, c'est très compliqué de ne pas générer le rejet chez les gens avec cette approche. Même lui, le pauvre, il a l'air complètement dépité, ça fait mal au cœur!
J'en viens donc à la Buildologie. Et là, je suis contente, parce que là pour le coup, j'ai l'impression de me rapprocher de cette idée que j'ai du mal à formuler depuis quelque temps. Un jour je me suis dit "et si on avait l'opportunité de tout recommencer ?" Imaginons : qu'on trouve une planète habitable accessible, ou qu'on voyage dans le temps pour transmettre du savoir à quelques communautés préhistoriques peu importe, mais si on avait en gros, une nouvelle chance, de reprendre au début avec ce qu'on sait aujourd'hui (c'est peut être un exercice mental stérile, mais je suis une rêveuse comme ça). Comment faudrait il s'y prendre pour éviter de se retrouver dans une situation de déclin telle qu'on n'arrive plus à se la représenter que par l'image d'un
effondrement ? En gros, qu'est ce qu'il aurait fallu faire ? Aurait on pu faire autrement, si on avait su ?
J'imagine ça un peu comme les jeux à la "sim city", genre tu pars avec rien à part les ressources. On te prévient de la quantité que tu en as, comment tu peux les exploiter, en gros, tu sais à l'avance, avec ta Terre complètement vierge, ce que tu peux faire et ce que ça va couter. Désolée si ça a l'air d'être un gros bordel, la démarche est claire dans ma tête et je sais pas comment l'expliquer mieux.
Alors je bloque assez rapidement quand je m'adonne à l'exercice (parce que ça pose pleins de questions, quel "début" ? quel "savoir" ? quelles "erreurs" ?), mais la première chose que je m'imagine, par exemple, c'est de limiter l'emprise sur le territoire. Ensuite, gérer rationnellement les ressources qu'on a, de sorte que leur renouvellement ne soit pas mis en danger (ça veut dire pas d'exploitation du fossile, entre autre). Après, je m'imagine des gens qui ne se précipitent pas et qui trouvent des solutions constructives et durables... Enfin voilà, comme je disais, je bloque rapidement, notamment parce que ça touche rapidement à des considérations morales et que je me dis "je suis qui pour privilégier ça ?" Par exemple, quel "gouvernement", quelle "politique de natalité" ? c'est compliqué.
Bref je suis contente, parce que maintenant je vais pouvoir dire aux gens que mon exercice mental ça s'appelle la buildologie, et peut être qu'ils ouvriront moins grand les yeux quand je leur raconterai.
Et du coup, si vous n'êtes pas en train de faire les gros yeux, je vous invite à jouer au buildologue aussi.
Cette planète, elle est tellement belle, on a tellement de chance d'être là et de pouvoir créer... Permettez moi de partager cette
chronique de Ferroni que je ne me lasse pas d'écouter. Ce qu'elle dit à partir de 1 mn, c'est ce que j'ai dans les tripes, et elle le dit superbement.
Bref, je vais m'arrêter là même si j'aurais encore pleins de choses à dire, mais ça va devenir encore plus décousu si je continue. Tout cela est passionnant. Je ne sais pas exactement ce que je cherche à dire, mais la collapsologie, là, comme ça, c'est tellement couteux à accepter que ça me parait voué à l'échec. Quoi qu'il en soi, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour ce qu'ils font, les collapsologues auto-proclamés. Leur entreprise de compilation de données est louable et percutante, c'est important d'informer, ils sont très courageux.
J'avais vraiment envie de prendre le temps de relancer ce débat, parce que je trouve que ça vaut vraiment le coup. Et comme tu m'as mis un petit vent sur Discord (une brisounette), me voilà. C'est aussi bien comme ça, que tout le monde en profite !
Vous aviez demandé un pavé ? :smile