Alors oui bien sûr que quand tu réfères à l'Égalité, surtout si tu mets la majuscule, cela devient une autorité supérieure, du moins un concept supérieur. Dieu, l'Égalité, le Prolétariat, la Révolution, l'Humanité, les Droits de l'Homme pour moi c'est dans le même sac. Car au nom de ces impératifs symboliques, on en vient à délimiter telle ou telle priorité morale. Je ne veux pas rentrer dans le débat transcendant/immanent, d'autant que je vais m'emmêler les pinceaux, mais il ne suffit de décréter la mort de Dieu, pour que son idée soit d'un coup sans effet. Je te répondrai alors par une pirouette made in 68 "Dieu est mort (signé Nieztsche) ; Nieztsche est mort (signé Dieu". Je veux dire, puisque l'homme n'a cessé de décevoir Nieztsche, il n'y a pas de raison pour qu'il ne le déçoive pas après sa mort. Il n'a cessé de fustiger les morales chrétiennes et juives au nom de ce principe même que nul l'a le droit d'entraver la volonté de puissance de l'individu. Force est de constater que la morale se porte bien depuis, merci pour elle.
Ok, mais si je la pose comme un donné, de la même façon que : Pluton n'est pas une planète (sauf que je vais pas en parler pour la constitution d'une société évidemment), c'est toujours un concept supérieur ?
La suite va être... sujette à caution parce que je ne suis pas sûr en me relisant qu'on va me comprendre :
[aparté pour ceux qui ne connaissent pas Nietzsche : pour faire vite, la volonté de puissance c'est ce qui fait que chaque étant (être) cherche à devenir plus que ce qu'il est (mais ça n'est pas une volonté en fait, pas consciente), une sorte de volonté d'expansion de son être, mais le végétal aussi bien que l'homme, l'univers entier en fait, pas forcément dans le domaine physique, le latiniste pourra chercher à devenir plus latiniste encore par exemple. Pour résumer : l'être est tout entier tourné vers son devenir. Bon c'est simplifié mais ma foi la dernière phrase me paraît pas trop dégueu, enfin je crois...]
Quand je parlais de Nietzsche je voulais dire qu'il a signalé que Dieu était mort, mais ça n'était pas pour rien, on a pas mal abandonné l'idée de transcendance, pour nous maintenant tout ce qu'on peut faire vient de l'homme, et dire l'Egalité ne change rien : cette égalité vient parce que nous la décrétons, pas parce que Dieu la décrète (ou un autre, barbu ou pas). Et d'ailleurs non, la Morale ne se porte pas bien, la morale peut-être, mais s'il y a bien une chose qu'on a oublié c'est l'ancienne morale (en tout cas, on tend à l'oublier).
En tout cas Nietzsche est, je trouve, très intéressant. Ce qu'il veut simplement dire avec la morale juive et chrétienne c'est qu'elles ont tenté d'abolir les instincts, elles ont oublié que l'homme n'était pas pur esprit, elles ont fait comme si l'homme pouvait oublier ses instincts [pour Nietzsche la culture ne doit pas les nier, mais les cultiver, les élever à un plus haut degré, le surhomme c'est un peu ça, mais je ne vais pas plus loin, d'abord parce que je connais mal et ensuite parce que ça serait trop long]. Or justement, ne se détache-t-on pas de cette ancienne morale juive et chrétienne, n'allons-nous pas vers une prise en compte des désirs, des instincts... ? (j'ai l'impression de dire des choses que je ne veux pas dire)
Bon et puis quand bien même la morale existerait toujours (ce qui est le cas), ça ne veut pas dire que Nietzsche perd tout intérêt.
Après Morale/Éthique, je te parle de ça surtout au niveau philosophique, puisque je ne compte là que manier ces deux concepts. Et je ne pense pas qu'Hegel soit ici le meilleur à mobiliser (surtout vu le nombre de conneries qu'il a rédigées). Je ne pensais même pas à Aristote, ou à l'époque moderne, Spinoza mais plutôt aux réalités historiques et morphologiques que recoupent ces deux notions antinomique. Mais bon pas la peine de disserter deux heures là-dessus non plus, puisque l'éthique est justement quelque part la négation de l'idée du Bien et du Mal.
Oui nan mais ma question était plutôt : qu'entends-tu par morale et qu'entends-tu par éthique ?

Et puis ce n'est pas parce que Hegel a dit quelques bêtises (mais comme Kant, vu ce qu'il dit sur les femmes par exemple) qu'il est à jeter entièrement.