Interview de Tim Kring et Jeph Loeb"A l’occasion de son quinzième anniversaire, le Festival du film d’aventures Jules Verne avait invité Tim Kring et Jeph Loeb, créateur et producteur de Heroes à présenter en avant-première le premier épisode de leur série. A cette occasion, nous avons rencontré les deux hommes, qui nous ont parlé longuement des thèmes de cette série événement, du téléchargement, de l’essor des fictions télé… Avant de vous proposer l’intégralité de cet entretien lors de la diffusion sur TF1 de Heroes cet été, voici trois extraits de l’interview, pour fêter le retour de la série sur les ondes américaines lundi soir !
- Heroes bénéficie d'une forte réputation en France en raison du nombre de personnes l'ayant déjà visionnée grâce au téléchargement. En tant qu'artistes, comment voyez-vous l'ampleur de ce phénomène et y voyez-vous le futur de la diffusion des œuvres de fiction ?
Tim Kring:
Mon opinion est partagée… D'un côté, je suis heureux que le public puisse voir Heroes, peu importe le moyen. Plus il y a de monde regardant la série et plus ces personnes sont susceptibles d'en parler autour d'eux. Je ne sais pas si ce téléchargement aura une incidence majeure sur les taux d'audience de la série lorsqu'elle sera diffusée sur TF1. J'espère que cela ne les affectera pas trop. D'un autre côté, pour Jeph et moi qui créons la série, nous avons parfois l'impression d'être comme des écrivains vendant des millions de livres sans en avoir la compensation. Il faudrait pouvoir trouver un moyen de rétribuer les artistes justement.
Jeph Loeb:
Je pense que le téléchargement est une évolution marquante dans la façon dont les artistes apportent leurs œuvres à ceux qui veulent les entendre, les lire ou les écouter. En un sens, c'est assez fantastique. Nous touchons par ce biais un public plus grand et totalement mondialisé. Or, notre série reflète cette globalisation, avec son casting international, ses histoires ouvertes sur le monde etc. Cela dit, Heroes coûte cher, comme vous avez pu le constater à l'image. Le téléchargement ne concerne donc pas seulement Tim et moi mais aussi les acteurs, les autres scénaristes, l'équipe technique. Ces gens doivent être payés pour leur travail. Je ne dis pas pour autant que vous devez payer pour voir Heroes, cela serait injuste dans la mesure où les Américains la voient gratuitement. Il faut juste trouver un moyen équitable de rétribuer les artistes.
Tim Kring:
Il est évident en tout cas que le téléchargement est la voie du futur. Dès lors que le public comprend qu'en téléchargeant il peut voir une série quand il le souhaite et de la façon dont il le souhaite, il sera difficile de lui imposer de s'asseoir devant sa télé à une heure et un jour précis. Aux Etats-Unis, Heroes est diffusé le lundi soir à 21h mais peut être téléchargée dès le lendemain sur le site web de NBC et sur iTunes… C'est donc encore assez limité mais dès que le téléchargement sera accessible à tous, je ne vois pas comment les chaînes de télévision pourront lutter et nous imposer une diffusion fixe. Le futur est là… Et je trouve cela très intéressant.
- Comment avez-vous structuré la série ? Chaque saison aura-t-elle sa conclusion ou aurez-vous une sérialisation à la LOST ?
Tim Kring:
Nous avons attentivement observé comment les séries actuelles sont vécues par le public. L'une des sources de frustration est de ne pouvoir prendre en cours une série si l’on manque une saison. Nous voulons au contraire que le public puisse se joindre aux fans de Heroes à tout moment, plus facilement. Les grands arcs narratifs de la saison 1 auront donc une conclusion et les derniers épisodes de la saison 1 nous mèneront tranquillement vers l'arc principal de la saison 2. Chaque saison aura donc sa fin et s'ouvrira vers la suivante.
- Heroes reprend à son compte un des thèmes les plus importants des séries majeures de ces dernières années que sont le dysfonctionnement de la cellule familiale et la corruption de la figure paternelle. Pouvez-vous nous en expliciter la raison ?
Tim Kring:
Ces thèmes sont très dramatiques. La plupart d'entre nous a eu des problèmes avec son père ou sa mère. C'est un classique de la dramaturgie ! Quelqu'un a toujours besoin de se trouver, de se définir, comprendre qui il est. Il débute donc forcément par questionner ses origines, sa famille.
Jeph Loeb:
Les mythes et légendes sont bercés par la question du "qui suis-je ?" et du "qui est mon modèle ?". La question s'élargit dans Heroes car nos personnages peuvent se demander s'ils sont définis avant tout par leurs pouvoirs. Nous essayons donc d'entrer en profondeur dans leurs personnalités. Quand nous créons un personnage, nous nous demandons toujours qui il est, d'où il vient, quel est son problème, comment est sa famille. Seulement ensuite vient le choix de son super-pouvoir. "
Source:
http://cinema.aliceadsl.fr/