L'histoire :
Un nouveau jeu télé-réalité fait son apparition. Il nous emmene cette fois-ci aux combles de l'horreur, de la déshumanisation. Son nom ? "Concentration". Des inconnus sont parqués dans un camp, sous le joug des kapos, d'autres inconnus mais volontaires, mais surtout sous l'oeil avide et cruel de million de télespectateurs. "Concentration" indigne, "Concentration" donne la nausée mais "Concentration" fascine ces spectateurs qui votent pour désigner le malheureux exécuté quotidien...
extrait (extrait plus long disponible ici)
VINT le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle.
Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté. Les rafles se produisaient n'importe où: on emportait tout le monde, sans dérogation possible. Etre humain était le critère unique.
Ce matin-là, Pannonique était partie se promener au Jardin des Plantes. Les organisateurs vinrent et passèrent le parc au peigne fin. La jeune fille se retrouva dans un camion.
C'était avant la première émission: les gens ne savaient pas encore ce qui allait leur arriver. Ils s'indignaient. A la gare, on les entassa dans un wagon à bestiaux. Pannonique vit qu'on les filmait: plusieurs caméras les escortaient qui ne perdaient pas une miette de leur angoisse.
Elle comprit alors que leur révolte non seulement ne servirait à rien, mais serait télégénique. Elle resta donc de marbre pendant le long voyage. Autour d'elle pleuraient des enfants, grondaient des adultes, suffoquaient des vieillards.
On les débarqua dans un camp semblable à ceux pas si anciens des déportations nazies, à une notoire exception près: des caméras de surveillance étaient installées partout.
AUCUNE qualification n'était nécessaire pour être organisateur. Les chefs faisaient défiler les candidats et retenaient ceux qui avaient «les visages les plus significatifs». Il fallait ensuite répondre à des questionnaires de comportement.
Zdena fut reçue, qui n'avait jamais réussi aucun examen de sa vie. Elle en conçut une grande fierté. Désormais, elle pourrait dire qu'elle travaillait à la télévision. A vingt ans, sans études, un premier emploi: son entourage allait enfin cesser de se moquer d'elle.
On lui expliqua les principes de l'émission. Les responsables lui demandèrent si cela la choquait.
- Non. C'est fort, répondit-elle.
Critique
Son titre le présageait, Acide Sulfurique est sans aucun doute le plus sulfureux des romans de Nothomb. Si il peut être vu comme une critique déplacée et peu profonde de la télé-réalité par certains, comme Baptiste Liger du "parisien", il m'apparait qu'Acide Sulfurique est en réalité plus que ça. Bien plus qu'une toile de télé-réalité, c'est un tableau humain qui mèle tout le pessimisme mais aussi l'optimisme de Nothomb. Loin de se contenter des poncifs sur la nature humaine, elle explore divers sentiments, allant du mépris, au désespoir, de l'amour au courage. A mes yeux la situation décrite est une situation de science fiction qui n'a pas vocation à une minimisation de la Shoa à un loft. Non "Concentration" est autre, "Concentration" est l'aboutissement d'une escalade dangereuse de la déshumanisation. Mais tout cela Beigbeder le retranscrit bien mieux que moi et je m'aligne en tout point sur ses dires. En effet, Le premier critique cité, Baptiste Liger s'est enflammé contre Acide Sulfurique, et ce n'est autre que Fréderic Beigbeder qui lui répond alors pour défendre Amélie Nothomb. Cette critique et sa réponse sont accessibles sur :
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=49029/idR=218/idG=3
Note 17/20 : Sans doute mon préféré d'Amélie Nothomb, il est comme d'habitude excellement bien écrit et on retrouve de nombreuses tournures de phrases et mises en opposition de mots remarquables. Par exemple je ne peux m'empêcher de sourire à l'ironie grinçante du : "Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté". Qui plus est c'est un livre sur lequel on peut s'interroger, un livre qui peut déranger...
Un nouveau jeu télé-réalité fait son apparition. Il nous emmene cette fois-ci aux combles de l'horreur, de la déshumanisation. Son nom ? "Concentration". Des inconnus sont parqués dans un camp, sous le joug des kapos, d'autres inconnus mais volontaires, mais surtout sous l'oeil avide et cruel de million de télespectateurs. "Concentration" indigne, "Concentration" donne la nausée mais "Concentration" fascine ces spectateurs qui votent pour désigner le malheureux exécuté quotidien...
extrait (extrait plus long disponible ici)
VINT le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle.
Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté. Les rafles se produisaient n'importe où: on emportait tout le monde, sans dérogation possible. Etre humain était le critère unique.
Ce matin-là, Pannonique était partie se promener au Jardin des Plantes. Les organisateurs vinrent et passèrent le parc au peigne fin. La jeune fille se retrouva dans un camion.
C'était avant la première émission: les gens ne savaient pas encore ce qui allait leur arriver. Ils s'indignaient. A la gare, on les entassa dans un wagon à bestiaux. Pannonique vit qu'on les filmait: plusieurs caméras les escortaient qui ne perdaient pas une miette de leur angoisse.
Elle comprit alors que leur révolte non seulement ne servirait à rien, mais serait télégénique. Elle resta donc de marbre pendant le long voyage. Autour d'elle pleuraient des enfants, grondaient des adultes, suffoquaient des vieillards.
On les débarqua dans un camp semblable à ceux pas si anciens des déportations nazies, à une notoire exception près: des caméras de surveillance étaient installées partout.
AUCUNE qualification n'était nécessaire pour être organisateur. Les chefs faisaient défiler les candidats et retenaient ceux qui avaient «les visages les plus significatifs». Il fallait ensuite répondre à des questionnaires de comportement.
Zdena fut reçue, qui n'avait jamais réussi aucun examen de sa vie. Elle en conçut une grande fierté. Désormais, elle pourrait dire qu'elle travaillait à la télévision. A vingt ans, sans études, un premier emploi: son entourage allait enfin cesser de se moquer d'elle.
On lui expliqua les principes de l'émission. Les responsables lui demandèrent si cela la choquait.
- Non. C'est fort, répondit-elle.
Critique
Son titre le présageait, Acide Sulfurique est sans aucun doute le plus sulfureux des romans de Nothomb. Si il peut être vu comme une critique déplacée et peu profonde de la télé-réalité par certains, comme Baptiste Liger du "parisien", il m'apparait qu'Acide Sulfurique est en réalité plus que ça. Bien plus qu'une toile de télé-réalité, c'est un tableau humain qui mèle tout le pessimisme mais aussi l'optimisme de Nothomb. Loin de se contenter des poncifs sur la nature humaine, elle explore divers sentiments, allant du mépris, au désespoir, de l'amour au courage. A mes yeux la situation décrite est une situation de science fiction qui n'a pas vocation à une minimisation de la Shoa à un loft. Non "Concentration" est autre, "Concentration" est l'aboutissement d'une escalade dangereuse de la déshumanisation. Mais tout cela Beigbeder le retranscrit bien mieux que moi et je m'aligne en tout point sur ses dires. En effet, Le premier critique cité, Baptiste Liger s'est enflammé contre Acide Sulfurique, et ce n'est autre que Fréderic Beigbeder qui lui répond alors pour défendre Amélie Nothomb. Cette critique et sa réponse sont accessibles sur :
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=49029/idR=218/idG=3
Note 17/20 : Sans doute mon préféré d'Amélie Nothomb, il est comme d'habitude excellement bien écrit et on retrouve de nombreuses tournures de phrases et mises en opposition de mots remarquables. Par exemple je ne peux m'empêcher de sourire à l'ironie grinçante du : "Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté". Qui plus est c'est un livre sur lequel on peut s'interroger, un livre qui peut déranger...