[Livre] Acide Sulfurique : Amélie Nothomb

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dragonslash
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[Livre] Acide Sulfurique : Amélie Nothomb

Messagepar dragonslash » jeu. juil. 27, 2006 1:10 pm

L'histoire :

Un nouveau jeu télé-réalité fait son apparition. Il nous emmene cette fois-ci aux combles de l'horreur, de la déshumanisation. Son nom ? "Concentration". Des inconnus sont parqués dans un camp, sous le joug des kapos, d'autres inconnus mais volontaires, mais surtout sous l'oeil avide et cruel de million de télespectateurs. "Concentration" indigne, "Concentration" donne la nausée mais "Concentration" fascine ces spectateurs qui votent pour désigner le malheureux exécuté quotidien...

extrait (extrait plus long disponible ici)

VINT le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle.

Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté. Les rafles se produisaient n'importe où: on emportait tout le monde, sans dérogation possible. Etre humain était le critère unique.

Ce matin-là, Pannonique était partie se promener au Jardin des Plantes. Les organisateurs vinrent et passèrent le parc au peigne fin. La jeune fille se retrouva dans un camion.

C'était avant la première émission: les gens ne savaient pas encore ce qui allait leur arriver. Ils s'indignaient. A la gare, on les entassa dans un wagon à bestiaux. Pannonique vit qu'on les filmait: plusieurs caméras les escortaient qui ne perdaient pas une miette de leur angoisse.

Elle comprit alors que leur révolte non seulement ne servirait à rien, mais serait télégénique. Elle resta donc de marbre pendant le long voyage. Autour d'elle pleuraient des enfants, grondaient des adultes, suffoquaient des vieillards.

On les débarqua dans un camp semblable à ceux pas si anciens des déportations nazies, à une notoire exception près: des caméras de surveillance étaient installées partout.

AUCUNE qualification n'était nécessaire pour être organisateur. Les chefs faisaient défiler les candidats et retenaient ceux qui avaient «les visages les plus significatifs». Il fallait ensuite répondre à des questionnaires de comportement.

Zdena fut reçue, qui n'avait jamais réussi aucun examen de sa vie. Elle en conçut une grande fierté. Désormais, elle pourrait dire qu'elle travaillait à la télévision. A vingt ans, sans études, un premier emploi: son entourage allait enfin cesser de se moquer d'elle.
On lui expliqua les principes de l'émission. Les responsables lui demandèrent si cela la choquait.
- Non. C'est fort, répondit-elle.



Critique

Son titre le présageait, Acide Sulfurique est sans aucun doute le plus sulfureux des romans de Nothomb. Si il peut être vu comme une critique déplacée et peu profonde de la télé-réalité par certains, comme Baptiste Liger du "parisien", il m'apparait qu'Acide Sulfurique est en réalité plus que ça. Bien plus qu'une toile de télé-réalité, c'est un tableau humain qui mèle tout le pessimisme mais aussi l'optimisme de Nothomb. Loin de se contenter des poncifs sur la nature humaine, elle explore divers sentiments, allant du mépris, au désespoir, de l'amour au courage. A mes yeux la situation décrite est une situation de science fiction qui n'a pas vocation à une minimisation de la Shoa à un loft. Non "Concentration" est autre, "Concentration" est l'aboutissement d'une escalade dangereuse de la déshumanisation. Mais tout cela Beigbeder le retranscrit bien mieux que moi et je m'aligne en tout point sur ses dires. En effet, Le premier critique cité, Baptiste Liger s'est enflammé contre Acide Sulfurique, et ce n'est autre que Fréderic Beigbeder qui lui répond alors pour défendre Amélie Nothomb. Cette critique et sa réponse sont accessibles sur :

http://www.lire.fr/critique.asp/idC=49029/idR=218/idG=3

Note 17/20 : Sans doute mon préféré d'Amélie Nothomb, il est comme d'habitude excellement bien écrit et on retrouve de nombreuses tournures de phrases et mises en opposition de mots remarquables. Par exemple je ne peux m'empêcher de sourire à l'ironie grinçante du : "Aucune qualification n'était nécessaire pour être arrêté". Qui plus est c'est un livre sur lequel on peut s'interroger, un livre qui peut déranger...
C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme tatataaa p-)

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Messagepar Zhatan » sam. sept. 05, 2009 1:48 am

C'est amusant parce que je n'ai pas du tout ton avis ; il s'agit pour moi d'un livre peu original qui ressemble à la réflexion qu'on a tous pu avoir sur la télé-réalité, à savoir : mais où vont-ils s'arrêter, à ceci prêt que ça n'apporte pas de réponse originale, ça n'est même pas un avertissement parce que la fin est convenue, il y a un film un peu comme ça qui est sortit également, sur le même thème (live je crois, pas vu), ça me fait le même effet. Pour une fois le style ne me satisfait pas non plus, avec des répliques convenues (à mon humble avis), celle que tu as cité me semble par exemple insupportable dans le cliché et le bon sentiment (ouais l'injustice tout ça), dans un autre registre la phrase de Céline : "on est puceau de l'horreur comme de la volupté" a beaucoup plus de gueule et veut vraiment dire quelque chose.
Autant hygiène de l'assassin est original (bien qu'on puisse en dire quelques mots...), autant celui là je trouve que c'est un gros poncif qui n'apporte rien de neuf sur le sujet, sans réel réflexion.

J'espère ne pas avoir été trop violent avec ce livre, et si vous trouvez que je ne nuance pas assez mon propos un mp ou un petit message et j'expliquerai davantage.
« Tout en respectant les femmes, on peut aussi accepter de les frapper. » - Lord Kitetsu, dit "le gentleman
Nouveau ! (28/09) https://adroiteetagauche.wordpress.com/2016/09/28/et-quid-de-ce-que-nous-serons/

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Messagepar dragonslash » mar. sept. 08, 2009 12:01 pm

Je comprends pleinement ton avis. Ce que j'apprécie dans cette phrase que j'ai cité de Nothomb, c'est la naiveté lourde de sens. Cette naiveté, presque spontannée, je la trouve aussi chez Celine ou chez Vian et je l'apprécie (chez Vian plus que chez n'importe qui). Alors bien sur en termes de réflexion ce n'est pas vraiment le type de livre qui nous fait le plus nous interroger, sans doute parce qu'il s'agit de thèmes récurrents voire éculés. Bien sur ce ne sont pas des réflexions aussi poussées sur l'être qu'un Kundera par exemple. Mais j'y ai trouvé mon compte comme dans beaucoup de Nothomb parce qu'elle m'amuse tout simplement !
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